Grazyna Koperniak 

LES METAPHORES DES SYMPTOMES
Approche métaphorique des symptômes  

Professionnels de la santé, nous entendons souvent nos clients et patients exprimer leurs symptômes d’une manière métaphorique : 

« C’est comme si je me cognais la tête contre le mur » ?
« C’est comme si j’avais un marteau dans la tête »
«  Cette barre dans l’estomac est insupportable le soir » 

Comment réagissons-nous en tant que thérapeutes, médecins, ou parents lorsque nos clients, patients, ou proches s’adressent à nous en ces termes ? Ignorons-nous la nature métaphorique de leur communication, introduisons-nous nos propres métaphores ou considérons-nous leurs métaphores comme une description juste concernant leur façon de se sentir, penser et agir dans le monde ?  

Difficulté à être reconnu dans la description de ses symptômes 

Les personnes en souffrance ont souvent des difficultés à décrire la nature exacte de leurs symptômes. En leur posant la question :  

« Et quand il est difficile de décrire vos symptômes, ces symptômes sont comme quoi ?» 

Nous  reconnaissons cette difficulté et nous invitons nos patients à utiliser une métaphore pour décrire les qualités et caractéristiques de l’expérience subjective de leur maladie.
Suite à cette stimulation de leur intelligence symbolique, les réponses ne se font pas attendre :  

« C’est comme des fourmis qui courent sur tout mon corps »,
« C’est comme un clou qui s’enfonce et qui ressort »,
« C’est comme une boule noire qui se gonfle et rétrécit ». 

Et nos pouvons alors nous apercevoir souvent que les réponses des patients deviennent petit à petit plus longues, plus détaillées, plus précises et surtout, qu’elles leur apportent  un certain réconfort puisqu’ils se sentent  enfin autorisés à parler de leurs symptômes en utilisant le langage qui leur est propre. Ayant été questionné de cette manière, plusieurs personnes reconnaissent  que c’est pour la première fois qu’elles se sont senties comprises et reconnues par le soignant dans leur expérience de la maladie. En tant que praticiens de la santé nous pouvons ainsi aider nos clients à prendre conscience de ce que leur langage métaphorique véhicule. 
 

Comprendre les messages métaphoriques 

Il arrive fréquemment que les praticiens passent des heures pour expliquer aux patients les détails techniques des options de traitement que ces derniers oublient aussitôt. Ils se les rappellent, en revanche, très bien quand le soignant utilise leurs propres métaphores pour leur expliquer les effets que le traitement proposé aura sur leur état de santé. 

Malheureusement pour les clients, les soignants ont leurs propres métaphores pour parler de la maladie, du corps, de la santé et du traitement. Ces métaphores qui aident les soignants à comprendre et à assimiler leurs connaissances médicales et les propositions des traitements,  sont souvent radicalement différentes de celles de leurs patients. Il en est ainsi puisque chacun de nous fonctionne dans un monde métaphorique qui lui est propre. Et comme il est extrêmement rare que nous en soyons conscients, les fossés créés involontairement dans la communication avec les clients sont fréquents.
 

Et pourtant, les recherches effectuées dans les pays anglo-saxons démontrent que dans le processus de guérison la partie la plus importante de la communication prend place au niveau métaphorique. Et que, en plus, cette communication ait besoin d’être adaptée aux besoins des personnes en souffrance. Encourager les personnes malades à décrire leurs sensations en détails d’une manière métaphorique produit un soulagement et l’impression d’être enfin compris. 
 

Bénéfices 

Les descriptions métaphoriques donnent au praticien comme au patient une description raccourcie et une référence future. Elles permettent de suivre l’évolution du symptôme et l’adéquation d’un traitement. 

Une dépression peut être définie par une patiente comme : 

« C’est comme essayer de grimper et sortir d’un trou noir ». 

Parler, lors des consultations du « trou noir » ou de « grimper et sortir » équivaut alors à utiliser les raccourcis pour parler d’un problème complexe, ce qui permet de mieux utiliser le temps de la consultation. 

Un patient atteint d’un cancer peut le définir  métaphoriquement  comme : 

« Quel que chose qui  est en train de me dévorer »

Ou dire:

« J’ai peur qu’il s’étende comme un feu de forêt ». 

Proposer un traitement pour « éteindre le feu de forêt » permet à ce patient de se sentir compris et respecté dans son modèle du monde, ce qui, à son tour, facilite la communication avec le praticien et l’acceptation du traitement proposé.   


Créer un « autre langage »   

La création d’un langage dont les mots et expressions ont un sens similaire pour les professionnels et les patients a été découverte et développé par un psychothérapeute néo-zélandais David J. Grove. 

Dans les années 1980, en travaillant sur les souvenirs traumatiques de ses patients, il a remarqué que plusieurs clients ayant des difficultés pour accéder aux souvenirs difficiles pouvaient facilement décrire leurs symptômes avec les métaphores. La reprise de leurs mots d’une manière exacte, ainsi que le questionnement des métaphores utilisées, leur permettait, petit à petit, de changer leur manière de percevoir leurs traumatismes.

C’est ainsi qu’il a été amené à créer Le Clean Language (Le Langage Propre) qui est une manière de poser les questions sur les métaphores des clients sans les contaminer ni les déformer. Par la suite, ce travail a été repris par James Lawley et Penny Tompkins qui l’ont formalisé en l’appelant Modélisation Symbolique. 

 Actuellement, plusieurs professionnels de la relation d’aide dans les pays anglo-saxons utilisent cette méthode avec le plus grand succès. Elle aide à établir un climat de confiance et de compréhension mutuelle, elle permet aux clients l’acceptation du traitement proposé et son assimilation tout en stimulant leurs mécanismes d’auto guérison et, en plus, elle permet aux soignants une meilleure utilisation du temps  consacré à chaque patient.  


Applications 

Destinée initialement aux psychothérapeutes, la Modélisation Symbolique s’est avérée utile dans différents contextes de la vie : le travail avec les enfants,  la communication du couple et dans la famille, les problèmes scolaires, la spiritualité, la santé, les entreprises… 

Malgré son apparente simplicité, la communication métaphorique est un puissant outil de changement. Elle développe la créativité et l’apprentissage de nouvelles manières de faire et d’être, elle active l’intelligence symbolique, elle facilite le changement.  

Communiquer avec le monde métaphorique 

Chacun peut s’adresser directement à son monde métaphorique pour communiquer avec lui, développer son paysage métaphorique, explorer les conditions nécessaires pour créer un changement, amener ce changement à maturité et en ancrer les bénéfices.  Cependant, pour nous, les praticiens de la santé (physique, mentale, spirituelle) il est peut-être plus important que pour les autres d’apprendre  à reconnaître les métaphores des nos patients et à les accepter comme une description exacte de leurs symptômes, sans pourtant oublier d’être conscients de nos propres métaphores.  


Pour en savoir plus : 

Site anglais : www.cleanlanguage.co.uk 

Bibliographie :

 -         James Lawley et Penny Tompkins : « Des métaphores dans la tête », Intereditions, 2006

 




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